| Bernard
Gui. Inquisiteur de Toulouse |
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Bernard
Gui reste un représentant significatif de son ordre comme
de l’Église en Languedoc au tournant du XIVe siècle.
Quelque six cents ans plus tard, il est remis au goût du jour
sous les traits d’un personnage froid et sanguinaire par le
roman, puis le film intitulé Le nom de la rose.
Cette image cinématographique destinée au grand public
reste cependant éloigné du portrait que la documentation
historique disponible permet de brosser.
Sa vie est relativement bien connue, d’abord grâce à
une biographie rédigée peu de temps après sa
mort par un Dominicain resté anonyme, mais que les auteurs
modernes et contemporains attribuent à son neveu Pierre Gui.
Provincial de l’Ordre de 1337 à 1343, on sait que dernier
s’était occupé de rassembler et de diffuser
le Speculum Sanctorale de son oncle. Cette biographie,
fiable par ses origines, fait de Bernard Gui un des rares inquisiteurs
des XIIIe et XIVe siècles à n’être pas
connu exclusivement par des documents de l’Inquisition.
Le corpus documentaire permet donc de peindre
le portrait d’un homme bien différent de l’image
cinématographique. Quand elles ne répondent pas à
une commande, les œuvres de Bernard Gui sont marquées
de leurs encouragements et d’injonctions à poursuivre.
C’est sous cet angle qu’il faut revoir son activité
d’inquisiteur. Outre son loyalisme, sa droiture, il montre
un degré élevé d’érudition et
maîtrise de savantes méthodes de composition. Travailleur
infatigable, il recherche la vérité, la date juste,
le témoignage correct. Sa contribution reste bien plus grande
en matière de connaissances de l’ordre Dominicain,
des hérésies, de l’histoire de France ou des
légendes des saints méridionaux qu’en matière
d’exécution d’hérétiques. |
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| La
formation |
Bernard
Gui est né dans le diocèse de Limoges, vers 1261-1262.
De son origine, de sa condition et de celle de ses parents, nous
ne connaissons que fort peu de choses. Le souvenir précis
de la naissance de Bernard Gui ou de son entrée en religion
semble ne pas avoir été retenu par la mémoire
familiale.
Suivant l’usage du temps, Bernard Gui se consacre d’abord
à l’étude de la logique au couvent de Limoges
(1280-1281) et poursuit cet enseignement à Figeac (1281-1282).
Les qualités intellectuelles qu’il démontre
lui permettent d’être choisi pour poursuivre un enseignement
de philosophie à Bordeaux (1282-1283), puis de nouveau à
Limoges (1283-1284). À la fin de l’année 1284,
Bernard se voit confier une charge d’enseignement dans l’école
de logique de sa vicairie qui se tient cette année-là
à Brive. Dès 1285 et jusqu’en 1289, il poursuit
sa formation avec l’étude de la théologie à
Limoges où l’existence d’une bibliothèque
fournie lui permet de se familiariser avec les Sentences
édictées par Pierre Lombard. En 1289, il est envoyé
au studium generale de Montpellier où il parfait
sa formation. Piètre théologien, il n’est pas
choisi pour être envoyé au prestigieux studium
parisien : ses études s’achèvent en 1291.
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| Le
Prêcheur |
Conformément
à la législation dominicaine sur l’administration
des couvents, l’Ordre peut désormais lui confier des
responsabilités, notamment l’administration d’un
couvent ou l’enseignement de la théologie aux Frères.
Bernard Gui est d’abord sous-lecteur à Limoges (1291),
puis lecteur à Albi (1292-1294). Pendant les onze années
suivantes, il n’obtient que des charges de prieur, successivement
à Albi (1294-1297), Carcassonne (1297-1301), Castres (1301-1305)
et Limoges (1305-1307) . Si, d’ordinaire, il n’y a pas
de carrières distinctes dans l’Ordre et que l’on
passe d’une fonction d’enseignement à une fonction
administrative, Bernard Gui reste surtout un administrateur.
L'homme
est
aussi soucieux de la grandeur de son Ordre qui, au début
du XIVe siècle, poursuit son installation dans les villes.
Prieur du couvent d’Albi, il intervient personnellement pour
assurer le financement de l’église des Dominicains.
À Castres, il fait édifier deux chapelles dans l’église
Saint-Vincent et, à Carcassonne, il fait achever le porche
en pierre devant l’entrée de l’église.
Serviteur d’un ordre qui fait la promotion des études,
il dote son couvent de Limoges de la plus importante bibliothèque
construite dans un couvent dominicain de la province de Toulouse.
Elle est achevée en 1306 lorsqu’il y reçoit
Clément V. |
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| L'historien |
La
mémoire dominicaine est au cœur de l’activité
de Bernard Gui et c’est de deux manières qu’il
travaille à l’enrichir : par goût d’abord,
il fait œuvre d’historien de l’ordre ; par les
missions qu’on lui assigne ensuite, il assiste aux divers
chapitres dominicains et y collecte les actes législatifs
et conciliaires.
Son goût pour l’histoire, il le doit sans doute au couvent
où il prononça ses vœux. Marquée par le
souvenir de Géraud de Frachet et d’Etienne de Salanhac,
Limoges est terre d’élection pour l’histoire.
Bernard complète ainsi le travail inachevé d’Etienne
de Salanhac et le présente au chapitre général
de Toulouse (1304). Sa production historique est alors intense.
En 1307, il
consulte les archives du monastère
de Prouille et rédige l’histoire des origines du couvent.
Jusqu’en 1311, il continue à augmenter son corpus
d’histoire dominicaine et entame cette même année
la rédaction d’une chronique universelle, les Fleurs
des Chroniques, et de
ses appendices, les catalogues des papes, des empereurs et des rois
de France. Fin 1312, il achève un petit traité sur
les prieurs de l’Ordre de l’Artige, puis rédige
sa chronique des prieurs de Grandmont. Le 14 novembre 1313, il donne
le catalogue des évêques de Toulouse et le 1er mai
1315 celui des évêques de Limoges. En 1318, alors que
s’ouvrent les enquêtes en vue du procès de canonisation
de Thomas d’Aquin, il rédige une vie de cet illustre
dominicain puis, en 1320, donne un nouveau catalogue de ses œuvres.
En 1324, la canonisation de Thomas prononcée, il reprend,
grâce à la documentation du procès, la vie écrite
en 1318. Dans chacune de ces œuvres, Bernard Gui poursuit le
même objectif : restituer l’ordre des choses, assigner
aux événements une date précise, mais aussi
célébrer sans défaillance l’action de
l’Église et la vocation chrétienne des rois
de France.
Serviteur consciencieux de son ordre, il se rend, pendant près
de dix ans, aux chapitres de sa province dominicaine : il est définiteur
au chapitre provincial de Condom (1307), au chapitre général
de Padoue (1308) et au chapitre provincial de Bordeaux (1311). Il
est électeur au chapitre de Carcassonne (1312) où
Bérenger de Landorre est choisi comme maître général.
En 1313, il est de nouveau définiteur au chapitre provincial
d’Albi puis vicaire de la province de Toulouse au chapitre
provincial d’Auvillar (1314). Afin de lui manifester son estime
et sa confiance, Bérenger de Landorre le nomme son procureur
général auprès du pape (1316). Bernard Gui
doit alors déléguer ses fonctions d’inquisiteur
pour se rendre à Lyon, auprès de Jean XXII. Pendant
quatre ans, il vit dans le milieu cardinalice avignonnais et ne
s’y plaît pas. Peu attaché à faire carrière
dans la hiérarchie ecclésiastique, il reste volontairement
loin des dynasties de prélats. S’il les connaît
et les côtoie, il ne sera jamais des leurs.
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| L'inquisiteur |
Le
16 janvier 1307, les supérieurs de Bernard Gui le relèvent
de ses fonctions d’administrateur et lui confient la charge
d’inquisiteur au siège de Toulouse.
Nanti de sa charge d’inquisiteur, Bernard Gui la remplit pendant
dix-sept ans de son mieux. Il entend environ 647 prévenus
d’hérésie, prononce une dizaine de sermons et
rend quelque 536 sentences. Dans les dernières années
de sa charge, il entame la rédaction d’un important
ouvrage, La Pratique Inquisitoriale (Practica Inquisitionis
heretice pravitatis). Ce manuel, destiné à ses
confrères inquisiteurs, consigne les règles pratiques
de l’Inquisition et donne des conseils pour lutter efficacement
contre les hérétiques. Parallèlement, Bernard
Gui rassemble dans le Livre des Sentences (Liber sententiarum
inquisionis Tolosanae) les jugements rendus à Toulouse
par l’Inquisition. L’ensemble dut être achevé
vers 1324. Cette riche documentation témoigne ainsi de l’activité
d’un inquisiteur du premier quart du XIVe siècle, au
moment où, sous l’impulsion du notaire Pierre Autier,
la dissidence albigeoise renaît dans les Pyrénées
et l’Office voit ses compétences élargies à
de nouvelles hérésies. L’ensemble de ce corpus
documentaire, conservé et souvent étudié, met
en lumière la façon dont Bernard Gui a assumé
sa fonction d’inquisiteur. |
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| L'êvèque |
Le
20 juillet 1324, Bernard Gui est transféré à
l’évêché de Lodève. Il a soixante-trois
ans lorsqu’il reçoit la dignité épiscopale.
Malgré son loyalisme à l’égard de sa
hiérarchie et son obéissance, ce n’est qu’un
diocèse modeste qu’on lui réserve.
Honorable retraite ou mise à l’écart, Bernard
Gui manifeste son intention d’un retour à l’ordre
dès son accession au siège de Lodève. Son diocèse
a été durement touché dans les années
1319-1320 par l’hérésie des Béguins.
Bernard Gui entreprend donc une visite des différentes paroisses,
rédige l’État des églises du diocèse
de Lodève et un nouveau cartulaire. Après avoir
parcouru et vu par lui-même l’état dans lequel
se trouve le diocèse, il engage dès 1325-1326 une
remise en ordre spirituelle et temporelle, puis entreprend d’améliorer
l’organisation administrative. Cette reprise en main énergique
entraîne l’hostilité d’une partie du clergé.
Seigneur temporel, Bernard Guientend rétablir la fidélité
de tous ses vassaux. Il entreprend ainsi d’imposer son autorité
à Lodève et de mettre fin aux prétentions des
bourgeois qui demandaient leur émancipation municipale. Bernard
Gui exige que le serment de fidélité, d’ordinaire
prêté au nouveau seigneur par les seuls notables, soit
prononcé par tous les habitants mâles de plus de quatorze
ans.
L’exécution de sa charge épiscopale ne l’empêche
pas de poursuivre son activité littéraire. Historien,
il remanie la rédaction des Flores Chronicorum et
reprend le Catalogus brevis romanorum pontificum pour en
donner trois nouvelles éditions, en 1329, 1330 et 1331. La
Chronologie des Rois de France est poursuivie jusqu’en
1331, année de sa mort. Hagiographe, il s’intéresse
à Saint-Flour, fondateur légendaire du siège
de Lodève, et à Saint-Fulcran, son évêque
de l’an Mil. En 1329, il achève la rédaction
du Speculum Sanctorale et l’envoie au pape. Jusqu’aux
derniers mois de sa vie, son activité littéraire demeure
intacte.
Le 30 décembre 1331, Bernard Gui meurt au château de
Lauroux, résidence des évêques de Lodève.
Ses obsèques furent célébrées solennellement
dans la cathédrale de Lodève, puis, selon le désir
qu’il avait exprimé, son corps fut transporté
à Limoges et inhumé dans l’église des
Prêcheurs, à gauche de l’autel.
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Texte
d'après la contribution d'Agnès Dubreuil-Arcin dans
L. Albaret (dir.), Les inquisiteurs. Portraits de défenseurs
de la foi en Languedoc (XIIIe-XIVe), Privat, Toulouse, 2001. |
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